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Lettre d'information du 28 Juillet - La crise agricole


Mardi 28 Juillet 2015

Bonjour à vous,

Vous avez pu constater que mon action ainsi que celle de mes partenaires était prémonitoire mais les causes de la crise agricole que nous connaissons ne sont jamais abordées clairement, pour le grand public qui a du mal à croire en voyant nos fermes que nous soyons dans une telle détresse.

Tout d’abord la première des causes de notre désespoir vient de la vision des décideurs européens qui voient le marché agricole, comme un marché comme les autres, où l’on ne tient compte que de la violence du rapport de force entre l’acheteur unique et le vendeur multiple. C’est une idéologie qui sert une petite élite réalisant des profits colossaux sur le dos d’une multitude de producteurs complètement soumis et démunis face à leur dictat. De plus cette manière de faire du commerce permet à ces sociétés puissantes de faire disparaitre légalement les profits colossaux dans toutes sortes de paradis fiscaux et de se soustraire aux impositions locales. Les coûts sociaux et environnementaux ne sont jamais comptabilisés nulle part dans ce marché sauvage d’une violence inouïe, ce qui permet d’obtenir des prix bas au détriment de tous et une casse sociale qui s’exerce sur tout le continent européen avec la bénédiction du système financier qui en profite de manière immorale et avec l’appui de nos élites européennes serviles qui leur facilitent le travail.

La Religion de l’argent roi quel qu’en soient les moyens nous pose la question : « mais à quoi sert le progrès, s’il est utilisé pour mettre des peuples à genoux ? ». Le monde agricole européen meurt de faim car même si les espagnols ou les autres producteurs européens vendent moins cher que nous, il n’en demeure pas moins qu’ils sont aussi, voire plus malheureux que nous. Les exemples de suicide d’agriculteurs ne sont pas seulement français, dans tous les pays d’Europe nous constatons le même phénomène d’endettement pour répondre aux normes et autres contraintes édictées bien souvent dans un esprit électoraliste, par des gens qui n’ont de la vie qu’une idée intellectuelle et simpliste. « Le marché peut tout régler ! ».

Ensuite la crise est d’ordre politique. Les différentes lois qui nous arrivent comme la pluie au printemps ne prennent jamais la réalité concrète de la vie des agriculteurs en compte et se veulent rassurantes pour la population. Personne ne se met à la place du monde agricole qui les subit. Il se forme un fossé entre la ruralité et les citadins, qui ont du mal à comprendre pourquoi le pays impose tant de pratiques vertueuses à ses agriculteurs, alors que les magasins sont pleins de produits qui ne respectent rien, à part des prix bas et d'une qualité souvent médiocre, qui n’ont rien à voir avec la réalité sociale du pays. Soit ces produits sont dangereux, alors il faut d’urgence arrêter de les vendre, soit ils ne le sont pas, alors il faut arrêter de laver plus blanc que le monde entier. Les politiques ne diront jamais qu’il faut produire sans respecter les réglementations. Mais ils laissent et encouragent le commerce faire le sale boulot pour eux ! Nous ne devons jamais oublier que le bas prix est synonyme de CASSE SOCIALE aussi bien en agriculture que dans tous les secteurs de l’économie!

Les hommes et les femmes politiques doivent eux aussi porter la responsabilité de leurs décisions. Nous avons l’exemple flagrant de l’embargo contre la Russie, qui aujourd’hui se retourne contre nous. Non seulement nous ne pouvons plus honorer les commandes d’un gros client qu’était la Russie. Mais ce pays pour faire face à cette situation développe à grande vitesse son agriculture, qui va très vite avoir appris à se passer de nous, grâce à nos technologies ! Nous assistons à l’effet boomerang pour le présent et le futur

La troisième raison de la crise actuelle, c’est que les éleveurs et les laitiers sont soumis par les grands dirigeants de la FNSEA, à l’obligation de fournir à l’agro-industrie, dont ils sont aussi les dirigeants, leur production à bas coût. On entend sans cesse Monsieur Beulin, qui est en fait le véritable Ministre de l’Agriculture, (Monsieur Le Foll face à lui n’a aucun pouvoir) rappeler aux agriculteurs qu’ils doivent être toujours plus compétitifs ! C’est-à-dire vendre toujours moins cher ! Cet homme ne parle jamais de la juste rémunération du travail des agriculteurs ! S’il est un secteur où les agriculteurs devraient pouvoir profiter de la valorisation de leurs productions, c’est bien celui-là. Mais il enrichit quelques-uns au détriment de tous les autres. Souvent au-dessus des coopératives se trouvent des holdings qui captent tous les résultats engrangés par la base et qui arrivent encore à ce petit nombre! Il doit y avoir du vrai ménage de fait dans le système coopératif agro-alimentaire français, pour qu’enfin la valorisation des productions arrive dans la poche des producteurs. Comment comprendre des rémunérations de dirigeant de 15 à 30 000€ par mois alors que les coopérateurs sont en train de couler ? Vous croyez vraiment que ces hommes qui gagnent tant aient envie de partager ?

Quant aux prix il vous faut savoir que pour le lait le prix minimum pour vivre décemment avec les aides européennes est de 0,43 € (jusqu'à 0,54 € en zone de montagne), aides européennes comprises : ces chiffres sont ceux de 2014, établis par le très sérieux Observatoire de la formation des prix et des marges, qui dépend du ministère de l'agriculture. Comment Messieurs Le Foll et Beulin peuvent parler d’une victoire avec un prix du lait à 0,34€ le litre, quelle honte ! Il manque encore au minimum 0,09€ le litre aux producteurs pour faire face à leurs obligations et vivre dignement!

Pour le porc, production qui n’a pas d’aide sinon par les subventions accordées aux céréaliers grands maitres de la FNSEA, son prix est de 1,40€ le kilo alors que pour vivre dignement il faut 1,67€ (Observatoire de la formation des prix et des marges, chiffres 2014 provisoires

Il en est de même pour une multitude de produits !

Comment peut-on parler de défense du pouvoir d’achat pour le consommateur alors qu’il s’agit de centimes ? Et il en est de même pour tous les produits agricoles qui ont une valeur de production somme toute modeste. Même cela est refusé aux agriculteurs ! Quel est le coût social et environnemental de cette destruction programmée de l’agriculture ? Que va-t-elle couter aux contribuables ?

La quatrième cause qui nous est reprochée constamment ce sont les aides que les agriculteurs touchent. (Comme si c’était le seul secteur de l’économie qui en percevait !). Elles ne sont très souvent données que pour permettre aux producteurs de ne pas mourir de faim et aussi de répondre aux nouvelles normes et obligations environnementales imposées par ceux qui distribuent cet argent. Ce qu’il faut savoir c’est que pour 1000€ d’aides nous avons 2000€ d’investissement et que plus l’on nous impose des réglementations, plus nous sommes obligés d’investir ! Ces investissements profitent surtout aux marchands de tracteurs, machineries agricoles et autres matériels devenus indispensables, ce sont des aides déguisées en faveur de ces secteurs proches des agriculteurs! Ce qui fait que nos charges augmentent sans aucune compensation de nos prix de ventes qui viendraient équilibrer ces augmentations. Bilan : plus nous produisons de marchandises de qualité et moins notre chiffre d’affaires augmente, d’où ces désespérances! Il suffit de voir les marchandises dans nos centres commerciaux pour constater que les obligations qui nous sont faites, le commerce n’en a rien à faire, puisque les marchandises présentes dans nos magasins viennent de n’importe où et dans n’importe quelle condition !

Enfin il faut voir le nombre de contrôleurs de tous poils qu’elles font vivre et qui sont constamment sur notre dos ! Les trafiquants de drogue en comparaison sont bien moins contrôlé que nous ! Les contrôles sont si fréquents que nous nous demandons ce qu’ils cherchent ! La plupart d’entre nous crève de faim ! Ils peuvent peut-être prendre nos assiettes nous n’en n’aurons plus besoin !! Un grand nombre de suicides proviennent de ces contrôles qui terrorisent, stressent et dépriment les producteurs !

Le point le plus humiliant est l’annonce de l’enveloppe qui a été accordée aux producteurs pour réaménager leurs dettes. En clair ces dettes qui proviennent des ventes à pertes permanentes et qui nous sont imposées par les diverses réglementations souvent contre productives. Elles sont reportées d’années en années, finissent par se cumuler et devenir impayables. Au final nous sommes dans la situation de la Grèce soumis aux banques et obligés de vendre nos biens, pour ne même pas pouvoir tout payer, car jamais nos prix de ventes ne nous permettent de voir une lueur d’espoir! En clair soit le pays reconnait que notre situation est désastreuse et il annule les dettes, manière aussi de reconnaitre sa responsabilité dans ce désastre, soit le problème d’aujourd’hui sera pour l’État demain une crise telle, qu’il ne nous restera plus que l’énergie du désespoir pour le bloquer et lui dire que quand nous avons plus rien à perdre, il ne pourra plus rien faire contre notre désespérance !

Ensuite la cinquième cause vient de l’apparatchik faiseur de roi, Xavier Beulin du haut de ses revenus dignes d’un Monarque (bien que les revenus d’un monarque soient connus de la Nation) qui vient dans les manifestations avec sa phrase célèbre qui fait pleurer de rage tous les agriculteurs dignes de ce nom : « Je suis un paysan comme toi ! ». Qu’est-ce que nous aimerions tous être des paysans comme lui ! Je dois lui reconnaitre sa puissance de mobilisation pour servir ses propres intérêts! Lorsqu’il s’exprime en public c’est pour nous dire : « Les gars nous devons être plus compétitifs!». Alors que c’est parce-que nous sommes compétitifs que nous crevons de faim! Ce Monsieur à l’arrogance de nous faire un cours d’économie alors que nous vendons constamment nos productions à perte ! Mais c’est quoi Monsieur Beulin la compétitivité et surtout elle enrichit qui ?

Enfin la sixième cause vient de l’obligation faite aux producteurs d’être soumis « aux centres de gestion » qui traitent tous les éléments comptables de la totalité des fermes de ce pays. Nous n’avons plus aucun espace de décisions. Ils connaissent tout et donc l’État par leur intermédiaire connait parfaitement nos situations. Ils connaissent par régions tous nos prix de revient de chacun des produits. Que leur faut-il de plus comme information pour comprendre que nous sommes KO debout ?

En conclusion car je pourrais tant en dire de ce désespoir qui assassine nos campagnes que je pense sincèrement que nous sommes revenus aux périodes qui ont précédé 1789 où Voltaire déjà écrivait : « Est-il normal que nous mourrions de faim en nourrissant les autres ? ». C’est cette phrase qui m’a poussé à monter comme eux à pied à Paris avec un cahier de doléance sur l’alimentation problème de santé publique et développement de nos campagnes! Nous sommes de nouveau des « Serfs » ayant pour nouveaux seigneurs : L’Europe - L’État - La banque - Les Coops et l’agro-alimentaire - la Distribution - La globalisation.

En clair Notre métier est devenu une insulte aux droits de l’Homme, qui eux prévoient « que nous avons le droit de vivre dignement de notre métier. »

Face à ces constats nous pouvons malgré tout relever les défis de demain. Les responsables politiques peuvent imposer sans Loi nouvelle, que la distribution indique sur toutes ses étiquettes de vente, le prix payé à l’agriculteur ou au fournisseur quel que soit son pays d’origine. Cela permettrait d’arrêter de faire des promotions sur le dos des paysans comme c’est devenu une pratique naturelle actuellement et cela informerait le consommateur sur la réalité des prix. Peut-être que le Ministre reprendrait enfin sa place et donnerait un signal politique au monde agricole qui nous indiquerait qu’il a enfin compris notre détresse.

La semaine prochaine je vous enverrai un point complet sur C’Juste Paris et C’Juste Lyon qui démarre ce Mercredi 29 Juillet de 11H00 à 19H00 Au Grand Parc de Miribel-Jonage à Côté de Lyon.

Recevez mon amitié
Pierre

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