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#1 mars 26, 2011 09:31:34

cabernet1
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le Maire le Médiator et le Bisphénol A......


Maire de Saint-Jean, député de Haute-Garonne, Gérard Bapt, avant tout le monde, a interdit l’utilisation des biberons au bisphénol A dans sa commune. Pas étonnant quand on sait qu’il préside le Groupe d’étude Santé environnementale et… la Mission d’information parlementaire sur le Médiator. Il raconte son combat pour le principe de précaution, et contre les conflits d’intérêts qui minent l’action des autorités sanitaires. Des sujets largement abordés dans “Notre poison quotidien”, de Marie-Monique Robin, qui a battu des records d’audience hier soir, encore visible sur Arte +7.


Gérard Bapt fait partie des parlementaires très en pointe sur les questions d’environnement et de santé comme sur celles des conflits d’intérêts au sein des agences sanitaires. Par tropisme, il est médecin-cardiologue, par conviction aussi. A l’Assemblée nationale, il préside le groupe d’étude Santé environnementale et la Mission d’information parlementaire sur le Médiator et la pharmacovigilance, ce qui lui a valu d’être récemment mis sous les feux de l’actualité. Sous sa casquette de maire, il a été le premier en France à interdire dans sa commune la vente et l’utilisation de biberons au bisphénol A. Quand le sujet est venu en débat à l’Assemblée nationale, en juin dernier, il a déposé un amendement proposant la suppression du bisphénol dans tous les contenants alimentaires. Repoussé. Aujourd’hui, face à l’inaction du gouvernement, il se dit prêt à récidiver avec une proposition de loi.

Quel regard portez-vous sur le documentaire de Marie-Monique Robin, Notre poison quotidien (1) ?
Je suis très heureux que ce film ait pu être vu par le grand public pour au moins deux raisons. Il montre bien, dans le cas de l’aspartame comme dans celui des pesticides, la façon dont les pressions politiques et économiques s’exercent sur les grandes agences sanitaires et peuvent influencer leurs décisions. Il pointe par ailleurs avec pertinence la question des conflits d’intérêts entre industriels et experts scientifiques. En regardant Notre poison quotidien, j’ai eu l’impression très nette de me retrouver à plusieurs reprises dans l’affaire du Médiator.

Vous avez été le premier maire de France à interdire la vente et l’utilisation de biberons au bisphénol A, en juin 2009. Comment vous est venue la conviction qu’il fallait en arriver là ?
J’avais été alerté par de nombreuses études scientifiques qui pointaient les effets toxiques du bisphénol A et mettaient en évidence sa possible implication dans plusieurs des grands problèmes de santé actuels, comme les cancers, le diabète, les atteintes à la reproduction ou les troubles neurocomportementaux. Ma conviction s’est renforcée après l’audition de deux grands spécialistes américains de la Tufts University, à Boston, les professeurs de biologie Ana Soto [elle est interviewée dans Notre poison quotidien, NDLR] et Carlos Sonnenschein. Les résultats de leurs études apportaient des preuves scientifiques indiscutables de la toxicité du bisphénol A. Ana Soto a notamment expliqué lors de cette audition que l’exposition à des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A pouvait avoir des conséquences très préoccupantes en matière de reproduction (infertilité, cancer…). Ce constat aurait dû conduire les agences sanitaires à se mobiliser beaucoup plus qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent.

Comment expliquer leur passivité, alors qu’en 2010 le Parlement français puis la Commission européenne ont tour à tour interdit la commercialisation de biberons contenant du BPA ?
Sous l’influence de l’industrie, de nombreux représentants de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) comme de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) pensent qu’il faut que le risque soit avéré pour que des mesures d’interdiction soient prises. Ils sont peu ou pas sensibles à l’argument du principe de précaution, auquel, fort heureusement, le nouveau commissaire européen à la Santé, John Dalli, semble attaché. Au sein des agences sanitaires, beaucoup estiment également que si on supprime le bisphénol A des contenants alimentaires (canettes, conserves…), on risque de mettre à la place des produits non testés qui pourraient se révéler encore plus dangereux. Cet argument nous a été maintes fois servi par Roselyne Bachelot [alors ministre de la Santé, NDLR] lors du débat à l’Assemblée nationale. Il permet de différer sine die toute décision alors même qu’un certain nombre de substituts au bisphénol A existent déjà.

Vous présidez la Mission d’information parlementaire sur le Médiator. Pensez-vous qu’on puisse faire un lien entre la manière dont l’Efsa ou l’Anses traitent les dossiers du bisphénol A ou de l’aspartame et la manière dont l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a agi avec le Médiator ?
Des parallèles existent. Dans les deux cas, on est confronté à la problématique des conflits d’intérêts. Certains experts de ces agences travaillent ou ont travaillé pour l’industrie. Même quand ce travail n’a pas donné lieu à rémunération, il en reste une forme d’empathie, de sensibilité à l’argumentation de l’industrie. L’autre parallèle est aussi culturel. Il est stupéfiant de voir comment, dans toutes ces agences, la dimension du principe de précaution n’a pas été appréhendée. Prendre une décision de précaution sur un médicament ou une substance chimique, ce n’est pas attendre que le risque soit avéré, c’est agir dès le moment où l’expérimentation animale ou humaine met en évidence un risque possible. Pour reprendre le cas du bisphénol A, le principe de précaution devrait jouer à plein, au moins pour les femmes enceintes et les nourrissons, dont plusieurs études scientifiques ont prouvé qu’ils étaient particulièrement sensibles à ses effets.

En tirez-vous la conclusion qu’il faut réformer le fonctionnement de toutes les autorités sanitaires ?
Oui et c’est d’ailleurs déjà en marche. La création en juillet 2010 de l’Anses, issue de la fusion de l’Afssa (Agence française de sécuritaire sanitaire des aliments) et de l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail), a permis de réaliser certaines avancées. Cette nouvelle agence a en effet été dotée d’un comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts qui devrait garantir la qualité de son expertise. Elle peut également être saisie à tout moment par des lanceurs d’alerte comme les associations de défense des consommateurs ou de protection de l’environnement, ce qui n’était pas le cas auparavant. On a donc fait des progrès. J’espère aussi que, dans la lignée du rapport Sauvet sur une nouvelle déontologie de la vie publique de janvier 2011, la notion de prévention des conflits d’intérêts va finir par s’imposer à tous. A l’avenir, les agences sanitaires seront contraintes d’agir de façon beaucoup plus rigoureuse et transparente.

Que préconisez-vous pour en finir avec les conflits d’intérêts qui polluent le travail de ces agences ?
D’abord la transparence. La liste des conflits d’intérêts de toute personne travaillant pour ces agences – les experts comme ceux qui les dirigent – doit être chaque année accessible à tous. Deuxièmement, toute déclaration d’intérêt mensongère doit être sanctionnée. Troisièmement, il faut faire le tri parmi les experts et interdire toute confusion des genres. Celui qui présente la position de l’industrie sur un sujet ne peut en aucun cas se retrouver en situation de juger de ce sujet au sein d’un comité d’experts. On ne peut être avocat et juge. Quatrièmement, il faut étendre à l’industrie chimique ce qui existe déjà dans l’industrie pharmaceutique, c’est-à-dire rendre obligatoire la publication, chaque année, de la liste des conventions d’études et de recherches passées entre les industriels et des scientifiques ou des chercheurs. Enfin, j’estime que s’il est prouvé qu’une agence n’a pas respecté les règles régissant les conflits d’intérêts, l’avis rendu au nom de cette agence par le groupe de travail ou la commission concernée doit être considéré comme nul et non avenu.

En juin 2010, lors du vote à l’unanimité de l’interdiction des biberons au bisphénol A en France, le gouvernement s’était engagé à revenir devant le Parlement en janvier 2011 pour faire le point sur l’état de la recherche concernant le BPA et envisager d’éventuelles autres mesures à prendre le concernant. Il ne l’a pas fait, qu’en pensez-vous ?
La question qui se pose, c’est l’interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires, comme l’ont fait le Danemark ou certains Etats américains. En juin 2010, Roselyne Bachelot [alors ministre de la Santé, NDLR] a esquivé cette question lors de la discussion parlementaire, en la renvoyant à un débat programmé en janvier 2011. Or, non seulement ce débat n’a jamais eu lieu, mais la campagne d’information à destination des femmes enceintes sur les risques du BPA, qui m’avait été promise en octobre dernier par Didier Houssin [directeur général de la Direction générale de la Santé, NDLR] au moment où je préparais mon rapport budgétaire 2011 sur la Mission Santé, n’a toujours pas démarré. La seule chose qui semble se profiler, c’est une présentation à l’Assemblée nationale d’une expertise collective de l’Inserm sur le BPA.

En attendant que le rapport de l’Inserm soit finalisé, le gouvernement devrait, selon nos informations, publier prochainement – mais sans qu’aucune date ne soit fixée – un rapport d’étape qui fera un état des lieux des actions en cours au niveau national et international sur les perturbateurs endocriniens et le bisphénol A. En revanche, aucune mesure de précaution ne semble être actuellement envisagée…

Cela montre bien l’absence de toute volonté politique sur cette question. C’est regrettable surtout que des solutions de substitution existent. Je sais par exemple que les groupes Danone et Nestlé sont aujourd’hui capables de proposer des contenants alimentaires sans Bisphénol A.



En juin dernier, vous aviez déposé un amendement demandant l’interdiction du Bisphénol A dans tous les contenants alimentaires, seriez-vous prêt à déposer une proposition de loi dans ce sens ?

Tout à fait, le gouvernement semble jouer la montre mais on ne peut pas indéfiniment prendre des engagements et ne pas les tenir. Je comprends que l’affaire du Médiator ait déplacé pendant quelques temps les préoccupations du gouvernement au niveau de la santé, mais il faut qu’il y ait une continuité de l’action publique. Il est choquant que ce ne soit pas le cas, je vais donc réagir.



En attendant qu’une loi ne soit votée, quels conseils le député et médecin peut-il donner au citoyen et consommateur ?

Mon principal conseil est le suivant : les publics fragiles et en particulier les femmes enceintes et les nourrissons, doivent tout faire pour n’utiliser que des produits garantis sans bisphénol A. Il faut donc proscrire tous les emballages en plastique qui portent au côté d’un triangle fléché, les chiffres 3, 6 et 7.
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